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« La Belle et la Bête » illustrée par Jul est-elle victime des tensions politiques entre la France et l’Algérie ?


Depuis 5 jours, 24 médias (au 23.03.2025) ont relayé la forte déception de l’illustrateur de BD JUL. Il a illustré une version modernisée de « la Belle et la Bête » modernisée par Jeanne-Marie LEPRINCE DE BEAUMONT et à eux seuls ils ont occulté depuis une semaine l’omniprésence médiatique TRUMP/MUSK/ZELENSKY/MACRON à l’œuvre depuis plus d’un mois.


La veille de l’impression des 900.000 exemplaires (on ne sait plus si c’est 900.000 ou 800.000, au fil des articles cela s’est réduit de 100.000 exemplaires) prévus pour tous les écoliers de CM2 de France et d’outre-mer, Caroline PASCAL, Inspectrice Général de l’Education Nationale et n°2 de l’Education nationale en occupant la fonction de DGESCO (Directrice Générale de l’Enseignement Scolaire), l’a empêché.


L’illustrateur SANAGA, que nous ne censurons pas, par solidarité avec tous les illustrateurs de France et de Navarre, pour que la Liberté d’expression chère à la France continue de prévaloir, a conçu 2 illustrations sur cette bien curieuse affaire, peut-être emblématique de ce que devient la démocratie française en ce deuxième quinquennat 2022-2027.

 

 

La polémique a enflé, les journalistes cherchant les raisons de ce revirement extrêmement tardif, et ce n’est pas un ballon de baudruche, car il repose sur la liberté de créer, la liberté de dessiner, la liberté d’expression et d’impression. La France n’est plus sous la censure royale empêchant toute publication illicite de paraître.


Les journalistes ont pu se poser toutes ces questions :


-    Cette interdiction venait-elle de Caroline PASCAL elle-même, qui n’a jamais enseigné en Primaire en CM2 ? S’est-elle juste fiée à l’avis d’IEN et de DASEN qui eux-mêmes n’ont pas enseigné depuis des années à des décennies, et ne savent plus ce qu’est au quotidien un enfant de CM2 en 2025 ?


-    Cette interdiction de Caroline PASCAL provient-elle de la Ministre de l’Education nationale Elisabeth BORNE, "pas spécialiste de l'Education nationale", désireuse de trouver un fusible pour assumer à sa place ce regret d’avoir préfacé l’ouvrage illustré par JUL dans sa version « Bon à tirer » ?


-    Elisabeth BORNE a-t-elle découvert au dernier moment qu’on lui avait fait préfacer cet ouvrage, sans qu’elle-même ait conçu un seul mot de cette préface ? (ce qu’il est tout-à-fait possible à imaginer, car un tel ouvrage requiert 6 à 12 mois de logistique éditoriale, alors qu’Elisabeth BORNE n’était pas encore nommée Ministre de l’Education nationale)


-    Est-ce que le contenu des dessins risquait d’aggraver la crise politique entre la France et l’Algérie, au moment où Bruno RETAILLEAU Ministre de l’Intérieur, cherche à remettre en cause les accords de 1968 qui permettent aux ressortissants algériens de bénéficier de règles plus souples que les autres migrants pour venir travailler et résider en France ?
 
C’est plutôt cette explication-là qui est la plus plausible dans le contexte géopolitique actuel de mars 2025, mais Elisabeth BORNE dans l’interview que lui a consacrée Cnews relayée par Europe 1 en vidéo ce 20 mars 2025 n’a répondu à aucune des questions rapides de la journaliste qui l’interviewait chaque fois qu’elle a tenté de ramener l’échange sur le contenu réel des dessins de Jul.

Elisabeth BORNE dit lors de l’interview sur Europe 1 que « la Belle et la Bête » met en scène « un père de famille qui arrive d’Algérie », qui « doit commettre des fraudes », et « se fait contrôler par des policiers ».


Dans Le Parisien, Le Point du 23.03.2025 nous dit qu’Elisabeth BORNE a dit : « Quand Jul raconte, à travers ses dessins, l'histoire d'un père algérien, alcoolique, qui fait du trafic de contrefaçons et qui est arrêté par la police, je pense que cela peut créer des incompréhensions, choquer voire blesser une partie de nos concitoyens. »

Le nouvel OBS qui a eu accès aux dessins, affirme, lui, qu’à aucun moment le père « n’arrive l’Algérie ». Qu’il est juste de type « méditerranéen » (ça ne concerne donc pas que l’Algérie, il y a presque 20 pays autour de la Mer Méditerranée).

Cela devient difficile, avec toutes ces versions des médias, pour le lecteur lambda qui va se ruer pour acheter cet ouvrage, de savoir ce qu’il y a dans ce livre, mais ce qui est sûr, c’est que l’édition Grand Public va avoir un franc succès et avoir ses partisans (de la liberté d’expression) autant que ses opposants (partisans de la censure) dès sa diffusion.

Mais peut-être que le Président de la République lui-même, ou un Premier Ministre déjà bien échaudé par l’affaire Béttharam, a voulu éviter une énième polémique en refusant que l’Education nationale diffuse pareil ouvrage dans un contexte politique si tendu avec l’Algérie, qui refuse de reprendre ses ressortissants sous le coup d’une OQTF après divers délits et crimes sur le territoire français ? C’est forcément cette explication que les dirigeants politiques ne veulent pas admettre, tandis que Caroline PASCAL, elle, est tenue au devoir de réserve et doit assumer la décision de non publication, émise la veille, ce qui ne se fait habituellement en édition qu’en cas de condamnation d’un auteur ou d’un scandale d’Etat. Ce qui n’est pas le cas ici en l’occurrence.

Lorsque l’Education nationale doit prendre la responsabilité morale de diffuser un ouvrage à 800.000 à 900.000 enfants, elle apporte une caution pédagogique à l’ouvrage, elle engage la notoriété, les valeurs de la France, et en regard de son histoire aussi. 

 

Ceux qui ont conquis les territoires de la rive méridionale de la Mer Méditerranée (Algérie en 1830, alors sous protectorat Ottoman) sont décédés depuis plus d’un siècle, dans une période où tous les pays d’Europe s’étaient accaparés le monde depuis la fin du 15e siècle en s’octroyant progressivement des colonies par la force sur tous les continents, réprimant le droit des hommes et des femmes à disposer d’eux-mêmes, alors même que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 affirmait la Liberté et l’Egalité pour tous les Hommes et « le droit à disposer d’eux-mêmes ».

Ce que révèle cette affaire, c’est une précipitation collective, tant au niveau du gouvernement que des services de la DGESCO.

 

Les journalistes ne se sont pas du tout penchés sur cet aspect de la chaîne éditoriale. En édition, la chaîne éditoriale est un travail de longue haleine, voilà comment cela se déroule :


1)    Le directeur de collection émet un projet, son éditeur lui donne son accord ou carte blanche pour trouver des auteurs et illustrateurs.


2)    Une prospection puis la sélection d’un auteur et d’un illustrateur est organisée. Des contrats sont établis avec un échéancier précis de dates de remise du texte et des dessins. Cela peut se faire d’un bloc, ou au fur et à mesure. 


3)    Une préface est rédigée. En l’occurrence, comme dans le cas présent ce sera une publication assurée par le Ministère de l’Education nationale, une préface est rédigée, signée du Ministre. Quand la mise en production de l’ouvrage a démarré, Elisabeth BORNE n’était pas Ministre de l’Education nationale, la préface était peut-être d’Anne GENETET qui l’a précédée, ou d’un Inspecteur Général de Lettres Modernes ou Lettres Classiques ?


4)    Dès la transmission de leurs textes et dessins progressivement, un service éditorial composé d’opérateurs de saisie (sur In Design sur Adobe en général) s’est mis au travail et des va-et-vient se produisent alors entre ce service, et l’auteur, pour ajuster la mise en page notamment pour que les textes se situent sur la même page que les illustrations qu’ils commentent ou illustrent, rectifier l’orthotypographie, et certains éléments de syntaxe. En général ce sont 2 à 4 allers-retours qui se produisent et constituent ce que l’on appelle « le BAS ou Bon à sortir ».


5)    Tout au long de ce travail le commanditaire peut émettre des réserves sur les textes comme sur les illustrations, tant que le BAT n’a pas été donné. C’est ce qui a dû se passer et Jul dit avoir dû remanier des dessins.


6)    Dès que Elisabeth BORNE a été nommée, il a été facile au niveau éditorial de remplacer « Anne GENETET » par « Elisabeth BORNE », sans que celle-ci soit nécessairement informée au stade du BAS.


7)    Une fois que le travail de composition éditoriale est terminé, le directeur de collection signe un document très important, le BAT ou Bon à Tirer, qui permet l’impression de l’ouvrage. Le directeur de collection sera alors le garant que toute erreur, coquille, ont été éliminées dans l’ouvrage.


Et là, la veille de l’impression, la DGESCO Caroline PASCAL qui interdit l’impression de 800.000 à 900.000 exemplaires au nom de l’Education nationale, faisant de JUL et de Jeanne-Marie LEPRINCE DE BEAUMONT, depuis une semaine, les auteurs les plus célèbres de France et d’Europe, puisque dans la quinzaine de médias qui en parlent depuis 5 jours, il y a un média Belge et un média Suisse.

 

Plusieurs facteurs d’explication pour cette décision de dernière minute, extrêmement rare répétons-le en matière éditoriale :


1)    Il y avait péril en la demeure face aux relations qui se tendaient avec l’Algérie sur les OQTF et la remise en cause des accords de 1968, le Président de la République ou un de ses conseillers de l’ombre, a jugé bon de ne pas se mettre inutilement d’autres bâtons dans les roues.

2)    Ou alors Caroline PASCAL a jugé le moment opportun pour attirer l’attention de sa nouvelle Ministre pour montrer ses compétences pédagogiques de DGESCO, faisant valoir à Elisabeth BORNE qu’il serait risqué pour elle de prendre la responsabilité de préfacer, en pleines tensions politiques avec l’Algérie, un tel ouvrage. Et dans ce cas Caroline PASCAL aura l’estime éternelle d’Elisabeth BORNE qui lui trouvera à court ou moyen terme un meilleur poste que DGESCO.

3)    Ou alors François BAYROU, Premier Ministre, déjà bien éprouvé par le scandale de Béttharam en réussissant à se maintenir sans motion de censure, a senti que cet ouvrage pourrait mettre en péril à nouveau sa place. Comme il est soucieux d’y rester au moins jusqu’aux prochaines élections Législatives avec une dissolution possible à partir de mai 2025, il aurait peut-être préféré sacrifier un illustrateur in extremis, sans interdire pour autant l’ouvrage.


4)     Ou alors la France a perdu tout humour, et la démocratie française actuelle est progressivement en train de dériver lentement vers un pouvoir oligarchique, qui décide de tout, n’admet aucun humour, et pratique la censure par principe de précaution, comme l’avait fait en son temps Louis-Napoléon BONAPARTE progressivement entre 1848 et 1851 avant de se faire proclamer NAPOLEON III empereur des Français pour rester en place avec un empire autoritaire jusqu’en 1859 puis un empire libéral jusqu’en 1870 où la guerre avec l’Allemagne l’obligea à abdiquer puisque capturé à Sedan.

Elisabeth BORNE dit sur Cnews le 20 mars 2025 « je n’ai finalement pas préfacé ».

Elle fait un raccourci, car l’ouvrage était prêt à imprimer, le BAT était donné, elle avait préfacé, son nom était inscrit sur les épreuves. 

 

Soit elle en avait eu connaissance et avait assumé ce rôle jusqu’au BAT, soit elle ne savait pas que son nom avait été inscrit, car occupée à beaucoup d’autres choses, et a été informée in extremis par Caroline PASCAL, et la Ministre lui a ordonné, en tant que DGESCO, d’assumer cette décision. Soit Caroline PASCAL a estimé que ce serait bon pour sa carrière future, sa prochaine promotion interne, de sauver sa ministre d’une polémique assurée.

 

Mystère...

Eh bien pour ce qui est d’éviter toute polémique on peut dire que c’est complètement raté comme opération de communication, et que les Français et les Algériens vont certainement se ruer pour acheter en édition Grand Public « la Belle et la Bête » et que l’ouvrage dépassera certainement les 900.000 exemplaires prévus pour les CM2.

Et là, un nouveau risque de moyen terme apparaît pour Elisabeth BORNE comme pour Caroline PASCAL :


1)    Que les lecteurs de tous âges se disent : « mais il y avait quoi de problématique dans cet ouvrage pour un enfant de CM2 qui passe 3h par jour sur son smartphone à visionner 10 fois pire sur internet et sur les réseaux sociaux ? »

2)    Que les lecteurs de tous âges se disent : « qu’a-t-on voulu cacher à nos enfants ? la violence quotidienne de notre société (alcool, drogue, etc), que l’Etat n’arrive plus à empêcher, avec une Justice débordée, des effectifs de policiers et de gendarmes insuffisants ?

3)    Que les lecteurs se demandent si Caroline PASCAL a craint pour sa carrière d’assumer pareille publication, puisque Elisabeth BORNE lui a peut-être juste dit « faites ce qui vous semble pédagogiquement le meilleur choix, c’est vous l’experte, je vous fais confiance » ? 

 

Caroline PASCAL, prudente, aurait fait le choix de l’interdiction, car tout haut fonctionnaire de son rang sait qu’il ne faut surtout pas, pour respecter à la lettre la très exigeante Charte des Inspections Générales de l’Education nationale, faire parler de soi dans les médias, et surtout pas être mêlé(e) à des polémiques fortement médiatisées, car ce serait alors exposer l’intégralité du corps des IGéSR à la vindicte médiatique.

 

Un corps d’IGéSR placé en extinction depuis le 1er janvier 2023 en interdisant tout nouveau recrutement, mais qui, au Journal Officiel de la République Française du 9 mars 2025, continue de recruter… ?

Ces médias en ont parlé, jour après jour (et ce n’est pas fini, nous ajouterons tous ceux qui publieront encore quelque chose, ci-dessous) :


23.03.2025 dans L’INDEPENDANT

23.03.2025 dans Le Point

22.03.2025 dans Libération et le Midi Libre
 
21.03.2025 sur France Info , 20 Minutes, Ouest-France, Le Nouvel Obs , Le Parisien, Le Café Pédagogique, Europe 1

 

20.03.2025 sur Cnews, BFMTV, RMC, LE TEMPS (Suisse), La Voix du Nord, 7sur7 (Belgique), HUFFPOST, LINTERNAUTE, LE MONDE, L'HUMANITE, Télérama, LE FIGARO
 
19.03.2025 dans Le Monde

 

Tous médias de France et d'Europe attachés à la liberté d'expression et sensibles à tout ce qui pourrait s'apparenter à une censure.


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Commentaires: 2
  • #1

    Thibault William (dimanche, 23 mars 2025 17:01)

    Merci pour cette succulente information et si je pouvais publier un post Sur LinkedIn sur cette haut fonctionnaire je le ferais volontier et sans hésiter mais je suis toujours enseignant et je risque de le payer cher même si je suis Président académique. Grâce à certains soutiens dans le ministère j’obtiens des informations sur les uns et les autres. Elles sont croustillantes. Je réserve mes publications pour le cas où il m’arriverait quelquechose. Ma liberté d’expression est limitée voire encadrée désormais. Une faveur à un syndicat peut être largement octroyée par des hauts fonctionnaires, s’il accepte de lâcher des lanceurs d’alerte. Alors je dois me taire sinon je suis un homme mort professionnellement ! Je le suis déjà mais avec un salaire !

  • #2

    Aide aux Profs (lundi, 24 mars 2025 13:52)

    Bonjour Thibault
    Merci de votre contribution.
    Un élu syndical peut au nom de son syndicat, personne morale, publier un article sur le sujet comme nous, association, personne morale, le faisons.

    L'important est d'exposer les faits avec le plus de neutralité possible, évoquant l'impact que cela a au niveau global, sans porter un quelconque jugement sur la personne, son apparence, ses manières d'être, c'est la règle absolue de respect que nous devons à toute personne citée dans un article.

    La liberté d'expression d'un fonctionnaire est limitée. Il a un devoir absolu de réserve pour ce qui concerne ce qui se passe au sein de son établissement, et qu'il ne peut donc exprimer de son propre chef dans les médias, sauf à risquer des représailles disciplinaires par son autorité de tutelle. Car en s'exprimant ainsi il mêlerait tout un collectif qui ne l'a pas désigné comme porte-parole officiel.

    Si le fonctionnaire répond à un média sur le fonctionnement général du système, il en a parfaitement le droit en tant que citoyen, mais ne doit pas céder à la demande du journaliste de donner son grade, ni le nom et l'adresse de son établissement d'affectation. Il peut juste dire qu'il est professeur et sa discipline, mais rien de plus le concernant, en prenant garde à ne pas citer une personne précise dans sa hiérarchie académique, ni le nom d'un collègue ou de son inspecteur ni de son chef d'établissement..

    Ce que vous dites dans l'expression "Une faveur à un syndicat peut être largement octroyée par des hauts fonctionnaires, s’il accepte de lâcher des lanceurs d’alerte" est très inquiétant de la manière dont les hauts fonctionnaires "remercient" les délateurs. On sort du régime idéalisé de la démocratie. Et nous espérons qu'un syndicat ne cède jamais à ce type de procédé honteux.

    Cordialement.